Droits de douane de Trump : la Suisse face à la tempête économique

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By neuchvox.ch

L’administration Trump a frappé fort : depuis le 7 août 2025, les exportations suisses vers les États-Unis sont soumises à des droits de douane de 39 %. Cette mesure, inédite par son ampleur, plonge l’économie helvétique dans l’incertitude et suscite une onde de choc dans les milieux politiques et industriels. Analyse d’une crise qui pourrait marquer un tournant pour la place économique suisse.

Un coup de massue pour l’économie suisse

La nouvelle est tombée début août, confirmant les craintes des milieux économiques : la Suisse est désormais le pays européen le plus lourdement taxé par les États-Unis, avec un taux de 39 % sur ses exportations, loin devant l’Union européenne (15 %) ou le Royaume-Uni (10 %) RTS. Pour Donald Trump, il s’agit de rééquilibrer un déficit commercial qu’il estime à 40 milliards de dollars avec la Suisse. Mais pour les entreprises helvétiques, c’est un véritable séisme.

« Cette décision américaine est un véritable séisme pour l’industrie suisse, qui n’a jamais connu un tel niveau d’incertitude depuis la crise horlogère des années 70 », analyse Marc Kreiker, expert en économie internationale. Les secteurs les plus exposés sont l’industrie pharmaceutique, l’horlogerie, la machine-outil et la chimie, qui représentent une part majeure des exportations suisses vers les États-Unis. À Neuchâtel, deuxième canton exportateur vers les États-Unis, le Conseil d’État s’est dit « consterné et inquiet », rappelant que 37 % des exportations du canton partent outre-Atlantique.

Des conséquences immédiates et profondes

L’impact ne s’est pas fait attendre. Les marchés financiers suisses ont plongé dès l’annonce, entraînant dans leur chute les valeurs industrielles et pharmaceutiques. Selon l’institut KOF de l’ETH Zurich, la perte annuelle pour l’économie suisse pourrait atteindre 0,2 % du PIB, avec un risque réel de récession si la situation perdure. Plusieurs entreprises évoquent déjà des licenciements et des pertes de compétitivité, notamment dans les cantons de Genève, Vaud et Neuchâtel, où l’industrie d’exportation est un pilier de l’emploi local.

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Pour Marc Kreiker, « les entreprises suisses vont devoir revoir en profondeur leur stratégie d’exportation et investir massivement dans la recherche de nouveaux débouchés. » Il ajoute : « La dépendance à un marché unique, aussi important soit-il, expose la Suisse à des risques majeurs en cas de retournement politique ou économique. »

Un gouvernement sous pression, des mesures attendues

Face à la gravité de la situation, le Conseil fédéral a exprimé son « grand regret » et cherche à négocier une solution avec Washington. Mais la marge de manœuvre reste limitée face à la fermeté américaine. Les milieux économiques et syndicaux réclament des mesures d’urgence, comme l’extension du chômage partiel et des aides ciblées pour les secteurs les plus exposés. L’Union syndicale suisse (USS) a notamment proposé une prolongation du droit à l’indemnité pour le chômage partiel à 24 mois, afin de soutenir les salariés menacés.

La présidente de la Confédération, Karin Keller-Sutter, a qualifié la décision américaine de « surprise » et de « déception », tout en appelant à la poursuite des négociations. Mais la confiance dans la stabilité des relations transatlantiques est sérieusement ébranlée.

Quelles perspectives pour la Suisse ?

À moyen terme, la Suisse doit accélérer la diversification de ses marchés d’exportation et renforcer ses liens avec l’Union européenne et l’Asie. Pour Marc Kreiker, « si la Suisse ne parvient pas à obtenir une exception ou une réduction rapide de ces droits de douane, le risque de récession est bien réel. » Il insiste sur la nécessité d’une stratégie commerciale plus résiliente : « Cette crise doit servir d’électrochoc. La Suisse doit investir dans l’innovation, la formation et la conquête de nouveaux marchés pour limiter sa vulnérabilité. »

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À long terme, cette crise met en lumière la fragilité d’une économie très ouverte et dépendante de quelques grands partenaires commerciaux. Les entreprises suisses, réputées pour leur capacité d’adaptation, devront faire preuve d’agilité pour surmonter ce nouveau défi.

Une confiance ébranlée, un avenir incertain

Pour l’instant, la Confédération reste suspendue aux négociations, tandis que les entreprises suisses s’organisent pour limiter la casse. Mais une chose est sûre : la confiance dans la stabilité des relations commerciales transatlantiques est sérieusement remise en question. La Suisse, souvent citée en exemple pour sa stabilité et sa capacité d’innovation, doit aujourd’hui faire face à l’un des plus grands défis économiques de son histoire récente.


« Les prochains mois seront décisifs. La capacité de la Suisse à rebondir dépendra de la rapidité de sa réaction et de sa capacité à s’adapter à un environnement commercial mondial de plus en plus imprévisible », conclut Marc Kreiker.